La pudeur vestimentaire et corporelle

Dans un monde où l’image domine tout : nos relations, nos identités et parfois même nos choix les plus intimes ; la pudeur apparaît alors comme une vertu « démodée ».
Nous vivons dans une culture du visible, où la mise en scène permanente de soi semble être devenue la norme. Les vêtements ne sont plus seulement une manière de se couvrir. Non, ils deviennent un moyen :

  • d’attirer l’attention
  • de susciter le désir
  • d’affirmer une présence

Cependant, cette hyper-visibilité questionne :

Que reste-t-il du mystère de la personne lorsque tout est exposé ? (À lire aussi : Vivre la pudeur sur les réseaux sociaux entre recherche d’attention et discrétion)

Est-ce que le vêtement peut-il encore être un signe d’un respect de soi et d’autrui ?

La pudeur, loin d’être une contrainte venue d’un temps ancien, est en réalité un langage intérieur. Ce n’est pas un refus du monde, c’est une manière de l’habiter justement. C’est l’art de se tenir, de se présenter, de se donner avec délicatesse pour protéger ce qui est saint. Au même titre qu’on protègerait une flamme du vent avec sa main. Elle n’est pas là pour opposer le corps de l’âme, non, elle les relie.
Dans cet article, nous verrons comment cette vertu peut guider notre manière de nous vêtir, d’interagir et de vivre la beauté de nos relations. (À lire aussi : La parole, entre discrétion et charité)

I. Le vêtement comme pédagogie du regard

A. Le vêtement n’est jamais neutre

Quoi qu’on en dise, le vêtement n’est jamais neutre. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il parle avant nous, il exprime quelque chose de nous avant même que nous parlions ou que nous le réalisions. Il peut :

  • attirer
  • provoquer
  • rassurer
  • inspirer
  • troubler
  • etc.

Ainsi, il peut élever un regard sur nous ou bien, le détourner vers ce qui distrait et abaisse. C’est à nous de déterminer, quel regard nous préférons avoir sur nous.

Contrairement à ce qu’on peut entendre comme railleries sur les chrétiens, la foi chrétienne a toujours enseigné que le corps est bon, beau et voulu par Dieu. (Genèse 1 : 26-31 et Genèse 2 : 7)
Saint Jean Paul II a aussi rappelé que le corps humain a un sens profond notamment dans une audience public générale du 14 novembre 1979 où il dit :

« La connaissance de soi et l’autodétermination, c’est-à-dire la subjectivité et la conscience de son propre corps, étaient également indispensables ».

Nos choix vestimentaires ne sont pas de simples habitudes vestimentaires ou un détail culturel, ils participent à la manière dont nous exprimons et honorons notre corps. Devant une basilique ou cathédrale, nous pouvons très souvent voir un schéma de ce type :

La pudeur face au corps

Loin de devenir une « police des centimètres » sur nos habits et savoir s’ils sont corrects dans ce cadre du sacré, cet écriteau vient nous rappeler : « Que veux-tu réellement dire de toi par ce que tu portes ? Est-il un objet pour me mettre en avant ? Ou bien un don pour respecter ? »

Ce schéma nous rappelle simplement que certains vêtements ne protègent ni la personne qui les porte, ni ceux qui regardent. Or, si nous acceptons de nous vêtir ainsi pour la Messe, pourquoi accepterions-nous de le faire en dehors ? Est-il raisonnable ou juste de porter une tenue qui ne me permettrait pas de communier ou célébrer la Messe ?

Choisissons d’adopter la pudeur dans nos vies, invitons les personnes à nous voir dans notre entièreté et non pas dans ce qui la découpe.

B. Le vêtement n’est pas un bouclier mais un signe de notre foi

La pudeur n’est pas la peur du désir. Au contraire ! Elle est la joie de situer le désir dans une relation vraie. S’habiller avec pudeur ne revient pas à se retrancher derrière des tissus comme un mur. C’est plutôt poser un signe :

  • adressé à soi : “Je suis plus que ce que mon corps laisse voir.”
  • adressé aux autres : “Tu peux me regarder au travers de ce que je choisis de t’offrir, je ne t’appartiens pas.”
  • adressé à Dieu : “Je veux que ma présence dans ce monde soit transparente à Ta lumière. Toute gloire te revient, rien ne m’appartiens.”

L’habit devient alors une pédagogie intérieure et quotidienne. C’est un exercice humble, discret, mais profond qui nous forme un regard de délicatesse.

Le vêtement : un signe vivant de notre foi

Le Catéchisme le dit d’ailleurs avec force :

« La pudeur protège le mystère des personnes et de leur amour. Elle invite à la patience et à la modération dans la relation amoureuse ; elle demande que soient remplies les conditions du don et de l’engagement définitif de l’homme et de la femme entre eux. La pudeur est modestie. Elle inspire le choix du vêtement. Elle maintient le silence ou le réserve là où transparaît le risque d’une curiosité malsaine. Elle se fait discrétion. » CEC §2522

Elle n’impose donc pas des règles arbitraires : elle éclaire une intention. Elle nous apprend à nous demander : ce que je porte aide-t-il à voir ma personne ou seulement ma surface ?

C’est ici que la leçon spirituelle de Saint Alphonse de Liguori apporte une profondeur unique. Lui qui connaissait si bien le combat intérieur rappelait que « le regard est la première porte du cœur ».
Selon lui, ce que l’œil accroche façonne la pensée, ce que la pensée nourrit réveille le désir, et ce que le désir stimule peut orienter le geste. Tout commence donc par ce que nous choisissons d’exposer… et de regarder.

La pudeur vestimentaire est ainsi une charité préventive :

  • elle protège l’autre de la tentation de mal voir
  • elle nous protège nous-mêmes de la tentation d’être vus pour de mauvaises raisons

Ce n’est pas une attitude de peur : c’est un acte d’amour et de liberté intérieure.

Saint Alphonse parlait aussi de la « modestie des saints » : une manière d’être, simple et belle, qui ne cherche ni à briller, ni à disparaître. Le vêtement devient alors un témoignage silencieux : il dit juste ce qu’il faut, et laisse deviner l’essentiel.

C. Une pédagogie pour les hommes comme pour les femmes !

Il est nécessaire avant toute chose de rappeler que la pudeur vestimentaire concerne autant les hommes que les femmes.
Si les pressions sociales ne sont pas les mêmes, comme l’hypersexualisation d’un côté, la valorisation du corps performant de l’autre, la vertu, elle, est et reste identique.


Un homme peut manquer de pudeur par exhibition musculaire (comme sur les réseaux sociaux : voir l’article référent), recherche d’admiration ou tout simplement par des vêtements qui attirent volontairement l’attention.
Une femme peut manquer de pudeur par séduction maladroite ou provocation intentionnelle.
Dans les deux cas, le mécanisme intérieur est le même : chercher à être regardé plutôt qu’à être rencontré.

Saint Carlo Acutis le rappelait avec une simplicité désarmante :

« La tristesse, c’est se regarder soi-même ; la joie, c’est regarder Dieu. »

Sa manière de vivre a su montrer que la beauté véritable ne consiste pas à attirer les regards, mais à les élever. La pudeur ne nous enferme pas : elle nous libère de l’obsession de plaire.

Thomas Merton, de son côté, parlait du « détachement vrai » : celui qui ne consiste pas à fuir le monde, mais à ne pas dépendre de ce que le monde pense de nous.
Le vêtement devient alors une école : il nous apprend la liberté intérieure.

D. Le vêtement comme protection du mystère

Lorsque la pudeur est vécue comme une lumière douce, elle permet à chacun de garder un espace intérieur inviolable. Ce même jardin que seul notre Dieu peut pleinement contempler.
Cette attitude n’est pas tristesse : elle est comme une rose qu’on protège pour qu’elle puisse s’ouvrir au bon moment. Les Saints nous le rappellent à leur manière : ce n’est pas la beauté visible qui sanctifie, mais la lumière du cœur. La pudeur garde la place où cette lumière grandit.

II. Le langage des gestes : protéger l’autre par sa manière d’être

Les gestes parlent parfois plus fort que les vêtements.

  • une proximité mal ajustée
  • une main posée trop longtemps
  • une familiarité hâtive
  • etc.

Ces nombreux gestes que l’on a tous pu connaître un jour (auteur ou receveur), nous dise quelque chose du cœur avant même que les mots ne soient prononcés.
La pudeur, ici encore, se dresse en puissante gardienne : elle rappelle la juste distance.
À ne pas entendre ou comprendre comme une « froideur », mais plutôt comme celle qui marque le respect. Celle qui laisse à l’autre la liberté d’exister sans être accaparé.

Saint Alphonse dit encore que les gestes doivent être « mesurés, paisibles, honnêtes », car ils peuvent soit éduquer le désir, soit l’enflammer inutilement. Le corps parle. La pudeur lui apprend alors le bon vocabulaire. En effet :

  • dans les relations naissantes, elle enseigne la patience ;
  • dans les relations établies, elle enseigne la fidélité ;
  • dans la vie quotidienne, elle enseigne la douceur.

Saint Carlo Acutis le disait autrement :


« La vie est un don. Plus nous la vivons comme un don, plus elle devient belle. »


N’oublions pas que :

  • Un geste trop appuyé peut prendre.
  • Un geste pudique peut offrir.

C’est toute la différence entre la « prédation » et la charité, à l’image du Christ, optons pour le don de soi.

III. Le corps comme temple : entre beauté vraie et vanité

(À lire aussi : La dignité humaine.)

Notre époque célèbre le visible : le corps sculpté, retouché, exposé. On confond souvent visibilité et valeur, comme si paraître suffisait à être.

La pudeur nous ramène à une vérité plus profonde : le corps n’est pas un outil de séduction, ni une vitrine. Il est un temple.

Saint Carlo Acutis le vivait déjà alors qu’il était adolescent. Il n’a jamais méprisé son corps, mais il savait qu’il n’était pas un absolu. Son apparence n’était pas une arme, mais un écrin pour l’âme.
La différence est immense.

Thomas Merton disait aussi que la liberté commence lorsque l’on cesse de vouloir être admiré.
La pudeur, loin de réprimer la beauté, la purifie : elle la rend plus vraie, plus humble, plus profonde.

Comme la rose qui ne s’impose pas mais se laisse contempler, le corps devient alors signe de ce qui l’habite. C’est l’âme qui donne sa forme la plus haute au visage. Que notre sainteté soit ce doux parfum floral qui attire les autres à nous et à Dieu, pas nos artifices.

Conclusion : la pudeur est une lumière qui protège l’amour

Vécue dans son unité, c’est-à-dire dans le vêtement, les gestes et la manière d’être, la pudeur devient une clarté discrète.

Rien n’est éteint.

Ce qui mérite d’être contemplé se trouve mis en valeur. Ce qui demande le secret demeure préservé. La beauté offerte apparaît lorsqu’elle trouve son heure. Elle n’est ni tristesse ni peur. Elle est force intérieure, joie tranquille, liberté vraie.

Et surtout, elle est cet espace où l’Amour peut croître sans être étouffé par le regard du monde.

À lire aussi : La parole, entre discrétion et charité.

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