La doctrine sociale de l’Église catholique (DSE) constitue un ensemble cohérent d’enseignements par lesquels l’Église éclaire les réalités sociales, économiques, politiques et environnementales à la lumière de l’Évangile. Elle vise à promouvoir la justice, la solidarité et le respect de la dignité humaine, en particulier envers les plus pauvres et les plus vulnérables.
La doctrine sociale de l’Église rappelle que la foi chrétienne ne se limite pas à des convictions intérieures ou à des pratiques liturgiques. Elle engage le croyant dans des actions concrètes.
Nous verrons ce qu’est réelement la DSE, ses principes et son impact dans le monde contemporain
Une tradition ancienne et toujours actuelle
La doctrine sociale de l’Église n’est pas récente. Elle s’inscrit dans une tradition continue de réflexion théologique et pastorale, développée principalement depuis le XIXᵉ siècle, en réponse aux bouleversements sociaux issus de l’industrialisation.

Cette doctrine s’appuie sur :
- la Sainte Écriture,
- la Tradition de l’Église,
- l’enseignement des papes,
- les conciles et les conférences épiscopales.
La doctrine sociale de l’Église demeure réellement actuelle. Elles pointent du doigts les défis contemporains tels que la pauvreté, les conflits sociaux, les inégalités, les migrations et les questions sur l’environnement.

Les principes fondamentaux de la doctrine sociale de l’Église
La doctrine sociale de l’Église repose sur plusieurs principes fondamentaux, qui guident l’action des catholiques dans la société.
- La dignité de la personne humaine : Pour les chrétiens, la dignité de la personne humaine trouve son fondement dans le fait que chaque être humain est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1,27). Cette origine divine confère à toute personne une valeur inaliénable, indépendante de son âge, de sa condition sociale, de sa santé ou de son utilité économique. Pour en savoir plus sur la dignité humaine, cliquez ici.
- Le bien commun : Il s’agit d’un terme qui désigne l’ensemble des conditions sociales qui permettent aux personnes et aux communautés d’atteindre plus pleinement leur accomplissement. Il se tourne vers un intérêt commun et non individuel. Le bien commun appelle à une organisation juste de la société, tournée vers le bien de tous.
- La solidarité : Il s’agit de la responsabilité mutuelle des personnes et des peuples. Elle appelle à une attention particulière envers les plus pauvres, les exclus et les victimes d’injustice. Cela nous rappelle que personne ne peut se sauver seul. Ce principe met en avant que la charité au centre de tout.
- La subsidiarité :La subsidiarité affirme que chacun doit faire ce qu’il peut faire par lui-même. Une autorité supérieure ne doit pas remplacer inutilement une autorité plus proche. Par exemple, un responsable doit faire confiance à ses employés. De même, l’État doit respecter le rôle des citoyens et des familles. Ainsi, chacun peut exercer pleinement sa responsabilité.
- La destination universelle des biens : Selon ce principe, les biens de la création sont destinés à l’ensemble de l’humanité. La propriété privée est légitime, mais elle comporte une dimension sociale et doit toujours être ordonnée au bien commun.
Un engagement concret
La doctrine sociale de l’Église n’est pas un simple corpus théorique. Elle constitue un appel à l’engagement concret. Les catholiques sont invités à mettre en œuvre ces principes dans leur vie personnelle, professionnelle et citoyenne. Cet engagement peut prendre diverses formes :
- l’aide aux personnes pauvres et marginalisées,
- la défense de la dignité humaine et des droits fondamentaux,
- la promotion de la paix et de la justice sociale,
- la protection de l’environnement,
- la participation responsable à la vie sociale et politique.

En 2004, l’Église publie le Compendium de la doctrine sociale de l’Église. Ce document rassemble l’ensemble des enseignements sociaux de l’Église. Il montre clairement que la doctrine sociale ne repose pas seulement sur des encycliques. Ainsi, il aide à mieux comprendre la cohérence de cet enseignement.
Le Cardinal Prevost (aujourd’hui Pape Léon XIV) dira :
Je suis sûr qu’il y en aura beaucoup qui considéreront l’intervention de l’Église dans les questions sociales comme inadéquate et inappropriée. Les dimensions verticales et horizontales de l’Église semblent parfois inconciliables. Ceux qui préfèrent une Église verticale qui ne regarde que Dieu ne se trompent certainement pas ; mais je ne considère pas non plus que ceux qui regardent leurs frères et veulent voir dans la dimension horizontale de l’Église comme faisant partie de sa mission se trompent. Combien de questions nous interpellent aujourd’hui ! La réalité de la violence à l’égard des femmes, la nécessité de répondre à la crise triste et humiliante de la maltraitance des enfants, la réalité de l’abus de pouvoir ou de conscience, la prise en charge des divorcés remariés et des membres de la communauté LGBT ; l’écologie et le soin de notre maison commune, la protection des peuples amazoniens, et ainsi pour ne citer que quelques questions sociales qui nécessitent une analyse et une réponse.
Préface de La doctrina social de la Iglesia : Su historia y enseñanzas.

Les grands textes de la doctrine sociale de l’Église
L’enseignement social de l’Église s’est exprimé à travers de nombreux documents officiels, principalement des encycliques papales, qui constituent des références majeures.
Rerum Novarum – Léon XIII (1891) : Cette encyclique marque la naissance de la doctrine sociale moderne. Elle aborde les conditions de travail, les droits des ouvriers, la justice sociale et la dignité humaine dans le contexte de la révolution industrielle.
Populorum Progressio – Paul VI (1967) : Cette encyclique traite du développement des peuples. Elle affirme que le progrès ne peut pas se limiter à l’économie. Au contraire, il doit servir toute la personne humaine. Elle appelle aussi à plus de solidarité entre les nations.
Laborem Exercens – Jean-Paul II (1981) : Cette encyclique parle du travail humain. Elle rappelle que le travail est au service de l’homme. Elle affirme aussi la dignité de chaque travailleur.
« C’est par le travail que l’homme doit se procurer le pain quotidien et contribuer au progrès continuel des sciences et de la technique, et surtout à l’élévation constante, culturelle et morale, de la société dans laquelle il vit en communauté avec ses frères. »
Centesimus Annus – Jean-Paul II (1991) : Il s’agit d’une encyclique qui se veut le prolongement de Rerum Novarum. Elle vient analysé les systèmes économiques modernes (néolibéralisme, capital, profit…). Elle rappelle enfin que l’économie doit tendre à servir le bien commun.
Evangelii Gaudium – François (2013) : Cette exhortation apostolique met en avant la dimension sociale de l’évangélisation. Le pape François y dénonce les mécanismes d’exclusion, l’idolâtrie de l’argent et les inégalités économiques, tout en appelant à une Église tournée vers Dieu.
Laudato si – François (2015) : Cette encyclique est consacrée à la sauvegarde de la création. Elle développe une vision d’écologie intégrale, soulignant le lien étroit entre la crise environnementale, la pauvreté et les injustices sociales.
Fratelli Tutti – François (2020) : Cette encyclique approfondit le thème de la fraternité universelle et de l’amitié sociale. Elle invite à dépasser les divisions et les replis identitaires pour construire une société fondée sur la solidarité, le dialogue et la recherche du bien commun.

Conclusion
Ainsi, la doctrine sociale de l’Église catholique traverse les époques et les cultures. Elle rappelle que la foi chrétienne ne se limite pas à la prière et aux sacrements, mais qu’elle s’exprime aussi par un amour actif du prochain et une recherche constante de la justice.
Fondée sur la dignité de la personne humaine, la solidarité et le bien commun, la doctrine sociale de l’Église demeure un pilier essentiel de la foi catholique. Chaque chrétien a un rôle à jouer dans la construction d’un monde plus juste, plus fraternel le plus respectueux de la dignité humaine.