L’Immaculée Conception : Marie, préservée du Péché Originel

Le 8 décembre 1854, par la Bulle Ineffabilis Deus, le Souverain Pontife Pie IX définissait comme dogme de foi l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie. Il importe, pour la connaissance des fidèles, de dissiper la confusion entre ce privilège initial et la conception virginale du Sauveur. Nous nous proposons d’exposer dans cet article cette vérité en partant du péché originel pour aller à la préservation singulière de la Sainte Mère de Dieu.

I. La chute et l’état de nature déchue

Pour saisir le dogme de l’Immaculée Conception, il faut d’abord considérer l’état d’innocence. Nos premiers parents n’ont pas été créés dans les seules facultés de la nature mais ils étaient élevés à un état surnaturel. Ils jouissaient de don surnaturel (comme la grâce sanctifiante : la grâce qui nous rend saint, agréable aux yeux du Seigneur) et préternaturel (des dons qui permettent de supprimer des défauts connaturels pour que l’homme atteignent facilement sa fin naturelle). Tous les descendants d’Adam et Ève étaient appelée à hériter de cette état de bonheur. Malheureusement, par le premier péché, nos premiers parents ont perdu, pour eux ainsi que pour toute l’humanité qu’ils représentaient, cette état de bonheur et d’innocence. 

a. La transmission de l’état

Nos premiers parents ne pouvaient plus, en effet, transmettre à leurs descendance un état qu’ils ne possédaient plus ; ils transmirent alors à leur descendance un état déchu. Cet état de déchéance est transmis par voie de génération à tous les fils d’Adam.

b. Les conséquences

Tandis que, dans l’état initial de la création, l’homme jouissait d’une union filiale avec le Seigneur, étant élevé par la grâce sanctifiante à la dignité de fils adoptif et exempté, par les dons préternaturels, de la souffrance et de la mort, la déchéance originelle a rompu cet ordre surnaturel.

Par cette faute, l’humanité a basculé dans un état de séparation avec Dieu, se trouvant dépouillée de la robe de l’innocence, soumises à la mort ainsi qu’à la domination du Diable. Selon les paroles de Saint Paul, tous les êtres humains naissent désormais “enfants de colère” (Eph. 2, 3), c’est-à-dire privés, dès le premier instant de la vie humaine, de cette grâce sanctifiante qui seule peut rendre l’âme agréable à Dieu, nous donnant le titre d’enfant de Dieu. Le péché a permis au diable d’exercer une certaine emprise sur l’humanité déchue. Nous naissons sous cette domination, bien que l’homme conserve sa liberté :  

Puisque les enfants participent à une nature mortelle, composée de chair et de sang, lui aussi, il y a participé de la même manière, afin de réduire à l’impuissance, par sa mort, celui qui détenait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable, et de libérer tous ceux que la peur de la mort tenait esclaves toute leur vie.

Hébreux 2, 14-15 (1 Jean 5, 29).

Pour plus d’information, voir l’article concernant le péché originel

L’état de nature déchue, dans lequel naissent tous les descendants d’Adam, nécessite la grâce du Christ, reçue au baptême, pour être justifiés et donc rendus à la vocation divine. C’est sur ce fond de ténèbres universelles que resplendit l’exception mariale. 

II) Définition du dogme

Voici la définition du Dogme de l’Immaculée Conception

Par l’autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et la nôtre, nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine suivant laquelle, par une grâce et un privilège singulier de Dieu tout-puissant et en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, la très bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, préservée de toute tache du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu et qui, par conséquent, doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles.

Pie IX, Ineffabilis Deus.

Il est important de préciser que ce privilège n’ôte rien à la gloire du Christ, bien au contraire. Marie n’est pas “sainte par elle-même” : elle est rachetée par une grâce venant déjà de la mort de son Fils. Bien que Jésus ne soit pas encore né au moment de la Conception de Marie, Dieu — qui est hors du temps — lui applique par avance les mérites de la Croix. C’est ce qu’on appelle une “Rédemption préventive” : Jésus est si puissant qu’il a pu sauver sa Mère avant même qu’elle ne soit atteinte par le mal. Analysons les termes de cette définition du Pape Pie IX avec précision :

– Le sujet de cette définition est la Vierge Marie, Mère de Dieu.

– Marie, appartenant à la descendance d’Adam, aurait dû contracter l’état de déchéance de la nature humaine. Cependant, par une intervention spéciale du Tout-Puissant, elle fut exempte de cette état de déchéance.

– Bien que la Vierge Marie, comme tous les descendants d’Adam, ait été sauvée par les mérites du Christ (cf. Luc 1, 46-47), elle les a cependant reçus d’une manière exceptionnelle (anticipée) et supérieure. Alors que les justes de l’Ancien Testament ont d’abord hérité du péché originel avant d’en être purifiés, Marie, elle, en a été préservée dès le premier instant de son existence. Sa rédemption n’a donc pas consisté en une libération du péché, mais en une préservation de celui-ci dès sa conception. Voilà son privilège singulier.

– L’expression « au premier instant de sa conception » désigne l’instant précis où son âme fut créée et unie à son corps, c’est-à-dire le premier moment de son existence. Le dogme définit que, par une exception unique, la Mère de Dieu fut préservée de toute atteinte de la faute originelle dès cet instant initial. À l’inverse du reste des fils d’Adam, la Bienheureuse Mère de Dieu n’a jamais contracté l’état de déchéance.

La plénitude positive de la grâce

Cette exemption négative (l’absence de tache, c’est-à-dire de l’état privé de la grâce) implique positivement pour Marie la présence immédiate et totale de la grâce sanctifiante. Ainsi, au moment même de l’union de l’âme à son corps, l’âme de Marie fut ornée de la justice divine. Il n’y eut jamais en elle l’ombre d’une séparation avec le Seigneur, ni le moindre intervalle de temps où elle ne fut point fille de Dieu et temple du Saint-Esprit : elle fut, dès l’aurore de sa vie, pleinement justifiée et comblée de la grâce divine. 

À l’inverse, nier cette vérité de foi reviendrait à prétendre que Marie aurait été conçue dans un état d’inimitié avec Dieu, séparée de sa face et atteinte de la mort spirituelle. Ce serait admettre qu’avant d’être sanctifiée, elle aurait pu être qualifiée non de fille de Dieu, mais de « fille de colère », soumise à l’empire du péché. Or, la piété catholique et la logique de l’Incarnation repoussent une telle indignité : celle qui devait porter le Saint des Saints ne pouvait commencer son existence que dans la sainteté la plus parfaite.

Pourquoi un tel privilège ? Le but de l’Immaculée Conception est entièrement tourné vers l’Incarnation. Pour que le Fils de Dieu, qui est la pureté même, puisse se faire homme et habiter parmi nous, il lui fallait une demeure (un sein maternel) qui n’ait jamais connu l’ombre du péché ni l’influence du démon. Marie est l’écrin préparé par le Saint-Esprit pour que le Verbe puisse se faire chair.

III) Dans l’Ecriture Sainte.

Ce dogme n’est pas muet dans l’Ecriture comme certains aimeraient le penser. Le premier passage de l’Ecriture concernant le privilège de l’Immaculée Conception se trouve dans le premier chapitre de l’évangile selon Saint Luc au verset 28.

L’ange étant entré où elle était, lui dit: “Je vous salue, pleine de grâce; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes.”

Cette salutation consiste en un éloge inouï jusque-là donné par Dieu à aucune autre créature humaine : 

Puisque l’ange salua Marie en des termes nouveaux, que je n’ai pu trouver dans toute l’Ecriture, il faut en dire quelque chose. Cette expression : Χαῖρε, κεχαριτωμένη  (khaire, kekharitōmenē) je ne me rappelle pas, en effet l’avoir lue dans aucun autre endroit des Livres saints; par ailleurs, ce n’est point à un homme que sont adressées ces paroles; c’est une salutation exclusivement réservée à Marie.

Origène, Homélie VI sur Luc [P.G. 13, 1816].

Ce qui nous intéresse ici est ce terme : “κεχαριτωμένη”. La version de la Bible Crampon traduit ce terme par “Pleine de Grâce”, la version de la Bible de Jérusalem traduit par “Comblée de Grâce”. Par “pleine” ou “comblée de grâce”, nous comprenons qu’il s’agit de la grâce sanctifiante donnée en abondance. Marie est toute investie de la faveur divine. Nous pouvons traduire dans un langage théologique actuel en ces termes : remplie de la grâce sanctifiante, de la grâce qui nous rend agréable à Dieu.

Le sens théologique de « κεχαριτωμένη »

Le mot grec “κεχαριτωμένη” est un participe parfait, qui indique un état de grâce divine, où Marie est entièrement revêtue de cette faveur. Ce temps n’indique pas simplement une action passagère ou un événement qui s’est déroulé à un moment donné mais exprime un état qui est pleinement réalisé et qui persiste.

Il n’y a aucune indication d’une date précise concernant le moment de la plénitude de la grâce sanctifiante chez la Vierge Marie. Cependant, le participe passé est le temps le plus convenable pour exprimer une réalité éternelle. Ainsi, on peut dire que le terme “κεχαριτωμένη” est l’équivalent de toute et toujours remplie de la grâce sanctifiante.

Ce qui est certain, c’est que le terme “κεχαριτωμένη” ne signifie pas que la Vierge Marie est devenue remplie de grâce au moment de l’Annonciation. Au contraire, ce terme implique que Marie était entièrement remplie de la grâce sanctifiante, elle était entièrement justifiée au moment où l’ange la salua. La plénitude de la grâce était déjà en elle avant la venue de l’ange Gabriel. 

La Révélation dans son unité : de la Genèse à l’Apocalypse

La Révélation présente une unité parfaite entre l’aurore de l’humanité et la consommation des temps. Les passages de la Genèse (3, 15) et de l’Apocalypse (chap. 12) s’éclairent mutuellement pour confesser le privilège de la Mère de Dieu.

L’Inimitié absolue : Dans le Livre de la Genèse, Dieu annonce une inimitié irréductible entre le serpent et la Femme. Si cette femme eût été souillée, ne fût-ce qu’un instant, par la tache originelle, elle aurait succombé à la domination du Prince des ténèbres. Or, l’inimitié établie par Dieu n’admet aucune trêve ni aucun partage. Ève, ayant prêté l’oreille au tentateur, ne saurait être cette Femme victorieuse ; c’est en Marie, la Nouvelle Ève, que se réalise cette opposition parfaite. Elle demeure, par la grâce, hors de tout pouvoir satanique.

La Vision de l’Apocalypse : Saint Jean dépeint ce combat où la Femme, Mère du Christ, échappe à la fureur du Dragon. Cette impuissance du Diable à l’atteindre manifeste qu’il n’a jamais trouvé en elle de prise, confirmant ainsi qu’elle fut exempte de la faute d’Adam. En triomphant du mal par sa descendance divine, Marie manifeste la plénitude de sa préservation initiale.

La convenance théologique du privilège

La Sagesse divine, dont les voies dépassent les nôtres (Is. 55, 8), a disposé avec une harmonie souveraine la préparation de sa demeure terrestre. Le Christ, étant le Verbe éternel par qui tout a été fait, jouissait du privilège unique de pouvoir façonner sa propre Mère. En la créant, Il l’a voulue immaculée dès le premier instant de sa conception. Ce faisant, le Fils de Dieu a porté à sa perfection l’accomplissement du quatrième commandement : « Tu honoreras ton père et ta mère » (Ex. 20, 12).

Il ne convenait pas que celui qui est la sainteté même tire sa chair d’une créature ayant connu, même brièvement, l’esclavage du péché et l’inimitié divine. Pour honorer dignement sa mère, le Sauveur l’a donc rachetée par anticipation, l’élevant dès l’origine au-dessus de la condition déchue du genre humain pour son incarnation.

IV) Apparition à Lourdes 

Bernadette Soubirous était alors une jeune fille de 14 ans au moment où elle a bénéficié de la grâce des apparitions de la Vierge Marie à Lourdes. La Vierge Marie lui est apparue 18 fois au cours de l’année 1858, du 11 février jusqu’au 16 juillet. Lors de la 16eme apparition, Marie révèle son nom en ces termes : “Que soy era immaculada councepciou” qui signifie dans le dialecte local “Je suis l’Immaculée Conception”. 

La Vierge Marie confirme la définition du dogme prononcé par le Pape Pie IX 4 ans plus tôt. Par cette apparition, la Vierge se nomme L’Immaculée Conception, ce qui signifie qu’elle est la seule à être conçue sans la tâche du péché originel, ce privilège lui est donc propre à toutes les autres créatures. 

Bernadette Soubirous a rejoint ensuite un couvent et a vécu en tant que religieuse, consacrant sa vie à la prière et aux œuvres charitables. Elle est canonisée comme sainte par l’Église catholique.

Suite à ces apparitions et à des miracles de guérisons physiques et spirituelles reconnus par l’Église, Lourdes est aujourd’hui un lieu de pèlerinage majeur pour les fidèles catholiques du monde entier.