L’avortement : pourquoi l’Église dit non

Entre vérité, drame humain et espérance.
Nos sociétés parlent de l’avortement comme d’un droit.
Un droit intime. Un droit nécessaire. Un droit souvent présenté comme une libération.

Cependant, derrière ces mots, plusieurs questions demeurent :

  • De quoi parle-t-on vraiment ?
  • D’un choix ?
  • D’une solution ?
  • Ou d’une vie interrompue ?

Et une autre, plus profonde encore pour nous chrétiens :
Pourquoi l’Église catholique s’y oppose-t-elle avec une telle fermeté… tout en continuant d’accueillir ceux qui y ont eu recours ?

Ce n’est pas une position idéologique.
C’est une vision de l’Homme. Une vision de la vie. Une vision de l’Amour.

I. La vie humaine : un don, dès son commencement

Toute la lutte pour le vie commence ici.

La position de l’Église repose sur un point fondamental : la vie humaine ne commence pas à un moment arbitraire. ( ni à 16 semaines de vie, ni à la naissance) Elle commence dès la conception.
Non comme une croyance isolée, mais comme une cohérence entre foi et raison.

Saint Jean-Paul II l’exprime clairement dans Evangelium Vitae :

« Dès que l’ovule est fécondé, se trouve inaugurée une vie […] d’un nouvel être humain qui se développe pour lui-même. »

Ce point est décisif, puisqu’il affirme que l’embryon n’est pas :

  • « une partie du corps de la mère »
  • « amas de cellules sans identité »
  • « demi-humain »

Il est déjà un être humain complet mais en développement.

Par ailleurs, la science elle-même le constate puisque le patrimoine génétique est complet dès la fécondation.

La foi va plus loin encore :

Psaumes 139:13, 15-16
C’est toi qui as formé mes reins, et qui m’as tissé dans le sein de ma mère.
Ma substance n’était pas cachée devant toi, lorsque j’étais formé dans le secret, tissé avec art dans les profondeurs de la terre. Je n’étais qu’un germe informe, et tes yeux me voyaient, et sur ton livre étaient tous inscrits les jours qui m’étaient destinés, avant qu’aucun d’eux fût encore.

Chaque vie est connue, voulue, et aimée par Dieu.

II. Pourquoi l’avortement (IVG) est considéré comme un mal grave ?

L’Église ne parle pas d’abord en termes d’interdits.
Elle nomme une réalité.

Dans Evangelium Vitae, il est écrit :

« L’avortement provoqué est le meurtre délibéré et direct d’un être humain dans la phase initiale de son existence. »

Ces mots frappent par leur radicalité, car ils correspondent à une réalité précise : la suppression volontaire d’une vie innocente.

Cette vie possède une caractéristique unique : elle est la plus vulnérable qui soit.
En effet, elle est sans défense, sans voix, totalement dépendante.

C’est pourquoi le Concile Vatican II en parle comme d’un « crime abominable ». (Gaudium et Spes 1965 §51)

III. Ce qui n’est pas un avortement : une distinction essentielle

Dans le débat actuel, tout est souvent mélangé. C’est normal, c’est un sujet qui mêle beaucoup de notions, entremêlés bien souvent aux ressentis et aux vécus des personnes.
Heureusement pour nous, l’Église distingue avec précision.

En effet, le Catéchisme de l’Église catholique (CEC) définit que :

« L’avortement direct, c’est-à-dire voulu comme une fin ou comme un moyen, est gravement contraire à la loi morale » (CEC § 2271)

C’est très clair.
Ce qui est condamné, c’est l’acte voulu pour supprimer la vie. Nous sommes des êtres d’intention, et c’est pourquoi l’on nous juge d’abord sur ce qui est voulu avant ce qui est. Cependant, certaines situations sont différentes, et nous allons les voir ensemble.

1re situation : soigner la mère

Dans certaines urgences médicales comme par exemple :

  • une grossesse extra-utérine
  • une maladie grave
  • un danger vital

L’acte médical ici vise à sauver la mère, non à tuer volontairement. La mort de l’enfant peut survenir, mais elle n’est pas voulue.

Le CEC précise :

« On doit considérer comme licites les interventions […] si elles visent à sa guérison […] ou à sa survie » (CEC §2275)

Ce n’est donc pas un avortement au sens moral du terme.

Qu’en est-il du diagnostic prénatal ?

Connaître ce n’est pas éliminer. Le diagnostic prénatal désigne l’ensemble des examens médicaux réalisés pendant la grossesse afin de détecter d’éventuelles anomalies ou maladies chez l’enfant à naître.

En effet, le CEC enseigne que :

« Le diagnostic prénatal est moralement licite […] s’il est orienté à sa sauvegarde ou à sa guérison »
(CEC §2274)

Mais, attention :

« Il est gravement en opposition avec la loi morale […] s’il prévoit […] de provoquer un avortement »

La différence est alors nette : cet examen est permis et tout à fait légitime lorsqu’il soigne ou accompagne mais interdit dès lors qu’il devient un outil de sélection.

2e situation : les fausses couches

Une fausse couche n’est pas un avortement.

Pourquoi ?
Tout simplement parce qu’il n’y a aucune intention humaine de supprimer la vie. C’est une grande souffrance, pas un acte moral.

En bref ?

La ligne est simple mais exigeante, tout repose sur l’intention. Vouloir supprimer ou sélectionner la vie, c’est un avortement. Alors que vouloir soigner la mère, et que ces actes mènent malheureusement à la perte de l’enfant, est acte licite.

Le tout étant, qu’on ne peut jamais vouloir directement la mort d’un innocent.

IV. Les arguments modernes… et leurs limites…

Aujourd’hui, l’avortement est souvent justifié par des situations concrètes et dramatiques. Il nous est bien souvent expliqué avec sincérité et souvent même avec détresse.

Ce sont là des situations toujours complexes et l’Église ne les ignore pas.
Néanmoins, elle rappelle qu’aucune circonstance ne peut transformer un acte intrinsèquement mauvais en bien.

Saint Jean-Paul II le dit très clairement dans son encyclique :

« Aucune circonstance, aucune finalité, aucune loi […] ne pourra jamais rendre licite un acte intrinsèquement illicite. »

C’est pourquoi, nous allons ici voir 7 des situations les plus souvent présentées en opposition pour comprendre les vrais problèmes de fonds.

1re situation : la pauvreté ou la difficulté matérielle

Oui, certaines femmes avortent par peur de ne pas pouvoir assumer financièrement leurs enfants.

Cependant, la vraie réponse est-elle de supprimer la vie…ou bien de soutenir la mère ?

L’Église insiste, le problème n’est pas l’enfant. C’est l’absence de solidarité.

2e situation : « mon corps, mon choix »

L’argument repose sur une l’idée simple que le corps appartient entièrement à la personne.
Néanmoins, ici, une réalité biologique s’impose :

  • l’enfant n’est pas le corps de la mère
  • il possède son propre ADN
  • il est un autre être humain

L’échange devient alors éthique : peut-on réellement choisir de disposer de la vie d’un autre ?

3e situation : ce n’est qu’un « amas de cellules sans identité »

Nous en avons déjà parler dans la première partie, mais cette conception est erronée pour nous chrétiens.
Cependant, si nous voulons aller plus loin, cette affirmation n’a aucune logique.

Pourquoi ?

Tout être humain est un ensemble de cellules scientifiquement parlant. Ce qui compte réellement, c’est l’organisation et le développement. Dès la conception, il y a :

  • une unité biologique : il constitue un organisme vivant unique, organisé et coordonné dès ses premières étapes de développement.
  • une continuité : son développement est un processus ininterrompu, sans rupture de nature entre les différentes phases (embryon, fœtus, naissance).
  • une identité propre : il possède un patrimoine génétique distinct de celui de ses parents, ce qui en fait un être biologiquement individualisé.

C’est donc scientifiquement et philosophiquement insuffisant.

4e situation : l’absence de conscience ( et/ou de douleurs)

On entend parfois certains qui nous disent :
« Il ne pense pas, il ne sent rien, donc ce n’est pas une personne. »

Mais alors dans ce cas, qu’en est-il :

  • d’un nouveau-né ?
  • d’une personne dans le coma ?
  • des personnes atteintes de maladies altérant, voire supprimant, la perception de la douleur ?

On entend aussi une autre formulation proche : « ce n’est pas une vraie vie, puisqu’il est totalement dépendant de sa mère ».
Mais alors, faudrait-il considérer que la dépendance retire la valeur d’une vie ?
Qu’en serait-il des personnes âgées très dépendantes, ou des personnes en situation de handicap lourd ?

Ces raisonnements reposent sur un même présupposé : la valeur d’une vie humaine dépendrait de ses capacités actuelles (conscience, autonomie, sensation).

La dignité humaine dépend-elle réellement de la performance ?
L’Église répond non.

5e situation : les avortements clandestins

C’est un argument fréquemment avancé au nom de la santé publique : si l’avortement n’était pas légal, il se pratiquerait malgré tout, mais dans la clandestinité. Cela mènerait à des risques accrus pour la santé des femmes et favoriserait le développement de trafics illégaux.
Cependant, une question morale subsiste :

Le danger d’un acte justifie-t-il l’acte lui-même ?

Le danger ou les risques potentiels d’un acte ne le rend pas plus moral. Sinon, toute interdiction deviendrait caduque dès lors qu’elle engendrerait des pratiques clandestines.

6e situation : le violoniste de Judith Thomson

Cet argument développé par la philosophe Judith Tarvis Thomson repose sur une analogie extrême qui consiste à comparer la grossesse à une contrainte injuste imposée au corps. Il faudrait alors imaginer que l’on se réveille branché à un violoniste dépendant de notre corps, sans consentement, et en conclure qu’il serait légitime de se « débrancher » de lui. Elle assimile ainsi la grossesse à une situation où la femme pourrait interrompre cette dépendance au nom de son autonomie corporelle.

Mais il oublie des éléments essentiels comme la relation naturelle entre une mère et son enfant.
Ce n’est pas une connexion artificielle, c’est une véritable relation vitale et intrinsèque.
De plus, consentir à l’acte sexuel procréatif, c’est aussi savoir qu’il peut donner la vie.

Peut-on réellement dissocier totalement liberté et responsabilité ?
L’enfant n’est pas un intrus, loin de là ! Il est le résultat d’un acte libre fondateur.

7e situation : le viol

C’est sans aucun doute l’argument le plus douloureux et le plus extrême.

C’est pourquoi il est toujours bon de rappeler que :

  • le viol est une injustice grave
  • un crime contre la personne (physique et psychique) et sa dignité
  • une violence intolérable
  • un traumatisme profond

Néanmoins… une question demeure toujours…

L’enfant est-il coupable ?

L’Église ne nie pas le drame, elle refuse d’y ajouter une seconde violence.

V. Une responsabilité qui dépasse la mère

L’Église refuse de simplifier.
C’est pourquoi dans Evangelium Vitae on nous dit que :

« La responsabilité […] pèse aussi sur ceux qui l’ont forcée […] »

Cela inclut :

  • le père de l’enfant
  • la famille ou les proches
  • le système médical
  • la société et/ou les lois

L’avortement est aussi et avant tout un échec collectif.

VI. Être contre l’avortement… sans rejeter les personnes

Ce point est décisif pour nous chrétiens.
Oui, l’Église condamne un acte et surtout le déplore. Cependant, Elle n’abandonne jamais une personne.

C’est pourquoi Saint Jean-Paul II s’adresse directement aux femmes concernées :

« Ne vous laissez pas aller au découragement […] le Père de toute miséricorde vous attend. »

Il reconnaît même que :

« Le choix de l’avortement revêt souvent un caractère dramatique et douloureux. »

Cela change tout. Il n’y a pas de condamnation définitive, de faute irréparable ou même de vie détruite au point d’être sans espérance. Il y’a ici un appel.

«Venez et discutons ensemble. Si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme la neige! s’ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine.» Isaïe‬ ‭1‬:‭18‬

VII. La réparation est possible

Même après un avortement, rien n’est fermé.
Le chemin de la Rédemption existe encore :

  • reconnaître
  • pleurer
  • demander pardon (lire l’article la confession : voir ici)
  • être relevé (lire l’article sur l’eucharistie : voir ici)

L’excommunication* évoquée par l’Église n’est pas une exclusion définitive. Elle est comme « médicinale » car elle est là :

  • pour réveiller
  • pour guérir
  • pour faire revenir la personne à la Vérité

*ATTENTION : Avant de parler d’excommunication, il faut d’abord vérifier dans quels cas elle s’applique réellement !
En droit canonique, une excommunication ne vaut que si plusieurs conditions strictes sont réunies, à savoir :

  • la personne doit avoir au moins 16 ans (Code de droit canonique, can. 1323-1324)
  • elle doit avoir agi en pleine connaissance de la gravité de l’acte
  • elle doit avoir posé un acte libre, sans contrainte grave ni peur
  • elle ne doit pas être dans une situation diminuant fortement sa responsabilité (ignorance, pression, détresse, etc.)

Ainsi, l’excommunication n’est ni automatique dans tous les cas, ni irrévocable. Elle suppose une responsabilité personnelle réelle, appréciée avec nuance.
Surtout, elle peut toujours être levée dans le cadre du sacrement de réconciliation, signe que, même dans les situations les plus graves, la Miséricorde reste première.

«Si nous confessons nos péchés, Dieu est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité.» ‭‭1 Jean‬ ‭1‬:‭9‬

VIII. Une question de civilisation

Au fond, la question dépasse l’avortement.
En effet, nous devons plutôt nous questionner sur : quel monde voulons-nous ?

Saint Jean-Paul II parle d’un affrontement entre :

  • la culture de vie
  • la culture de mort

N’oublions jamais qu’une société qui élimine les « plus vulnérables » finit toujours par fragiliser tous les autres. C’est pourquoi même il est souvent dit qu’« une société se juge à la manière dont elle traite les plus faibles.»

Conclusion

Être contre l’avortement, ce n’est pas simplement vouloir imposer une règle. Non.
C’est avant tout, vouloir protéger une vie.
C’est refuser que la solution à la souffrance soit la suppression.
C’est croire que toute vie, même fragile, a une valeur infinie.

Mais c’est tout autant accepter : d’accueillir, relever, pardonner des personnes en grande souffrance.

Parce qu’au cœur du christianisme, il n’y a pas seulement une exigence.
Il y a une Miséricorde.
Et cette Miséricorde ne ferme jamais la porte.