Quelle relation avoir avec l’intelligence artificielle ?

Aujourd’hui, l’intelligence artificielle a pris une place significative dans nos vies et nous permet d’accomplir des tâches beaucoup plus rapidement qu’avant. Là où écrire un mail pouvait nous prendre 20 minutes avec l’IA, c’est chose faite en moins d’une minute.

L’IA nous donne aussi accès à une quantité énorme de connaissances en quelques secondes. Cependant, il est important de définir quel type de relation nous devons avoir avec l’IA en tant que chrétien mais aussi en tant qu’être humain.

I. Que penser de l’intelligence artificielle ?

L’IA marque une nouvelle phase importante dans la relation de l’humanité avec la technologie, au cœur de ce que le pape François a décrit comme un « changement d’époque »

L’Église encourage les progrès de la science, de la technologie, des arts et de toute autre entreprise humaine, les considérant comme faisant partie de « la collaboration de l’homme et de la femme avec Dieu dans le perfectionnement de la création visible »

Antiqua et nova

 Le Seigneur lui-même a donné la science à des hommes, pour qu’ils le glorifient dans ses merveilles. » 

Siracide 38:6

Pour répondre à la question, il s’agit plus de savoir ce qu’on en fait et comment on l’utilise. L’intelligence artificielle, comme la plupart des inventions peut avoir une bonne ou une mauvaise utilisation, on doit ainsi la considérer comme un simple outil.

Les capacités et la créativité de l’être humain viennent de Dieu et, lorsqu’elles sont utilisées à bon escient, lui rendent gloire en tant que reflet de sa sagesse et de sa bonté.

Antiqua et nova, paragraphe 2

Ainsi dans son utilisation logique, pour faciliter certaines tâches au travail, éviter les erreurs, apprendre certaines choses. L’IA est une forme d’outil d’accès au savoir et doit être utilisée comme telle.

Cependant l’intelligence artificielle ne doit pas être confondue avec l’intelligence humaine car celle-ci ne fait que répondre par des algorithmes, des statistiques et une base de données.

Elle n’écoute pas, ne ressent rien et ne suit que des schémas définis par ses concepteurs. Elle ne fait qu’imiter l’intelligence.

II. Quelles sont les utilisations à éviter avec l’intelligence artificielle ?

Bien que l’IA « générative » soit capable de produire du texte, de la parole, des images et d’autres résultats avancés qui sont généralement l’œuvre d’êtres humains.

Elle doit être considérée pour ce qu’elle est : un outil et non une personne

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En comprenant cela, bien que l’intelligence artificielle puisse donner l’illusion d’un dialogue. Elle ne doit pas être utilisé comme un ami ou un psychologue son utilisation dans ces domaines est non seulement limitée, mais potentiellement dangereuse.

1. Elle ne vous écoute pas, elle calcule

L’IA ne vous écoute pas, elle se contente de comparer vos phrases à une immense base de données et d’utiliser des algorithmes pour deviner quelle est la réponse la plus probable. Elle ne comprend pas votre souffrance, elle traite des informations.

Confier son intimité à une machine, c’est parler à un code informatique qui ne saisit ni le poids de vos mots ni la profondeur de votre vécu, et qui enregistre ce que vous lui dites dans sa base de données d’une entreprise.

2. Le piège du “Miroir Déformant”

L’un des plus grands dangers est que l’IA a tendance à toujours aller dans le sens de l’utilisateur. Comme elle est conçue pour être utile et agréable, elle finit souvent par confirmer la personne dans ses propres erreurs ou de ses émotions négatives.

En vous donnant toujours raison, l’IA peut aggraver une situation instable. Elle peut vous pousser à faire de mauvais choix, à vous détruire, à rompre un lien, à briser votre couple ou à détruire des amitiés en validant vos ressentis impulsifs sans jamais apporter une contradiction nécessaire.

Un vrai ami ou un psychologue n’hésitera pas à vous contredire si il pense que vous avez tort, ce qu’une machine fera rarement de manière pertinente.

3. Une imitation sans âme

Là où un humain offre une présence réelle et une capacité à ressentir ce que vous ressentez, l’IA ne propose qu’une fausse imitation des émotions.

Un psychologue s’appuie sur son expérience de vie, ses propres épreuves et son humanité. L’IA, elle, n’a pas de corps, pas de cœur et n’a jamais vécu une seule seconde de vie réelle.

Elle ne peut pas compatir ou vous comprendre, elle ne fait que réciter des phrases apprises.

Aucune application de l’IA ne peut réellement ressentir de l’empathie.

Les émotions ne peuvent être réduites à des expressions faciales ou à des phrases générées en réponse à des demandes d’utilisateurs ; au contraire, les émotions sont comprises dans la manière dont une personne, dans son ensemble, se rapporte au monde et à sa propre vie, le corps jouant un rôle central.

L’empathie requiert la capacité d’écouter, de reconnaître l’unicité irréductible de l’autre, d’accueillir son altérité et aussi de comprendre le sens de ses silences.

Contrairement à la sphère des jugements analytiques, dans laquelle l’IA prédomine, la véritable empathie existe dans la sphère relationnelle.

Elle implique de percevoir et de faire sienne l’expérience de l’autre, tout en maintenant la distinction de chaque individu.

Bien que l’IA puisse simuler des réponses empathiques, la nature nettement personnelle et relationnelle de l’empathie authentique ne peut être reproduite par des systèmes artificiels.

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Cependant on pourrait dire que cela est positif car à travers tout ça, on peut souligner ce qui différencie la machine de l’humain. L’IA, qui ne fait qu’analyser et imiter, ne peut posséder d’intelligence émotionnelle et relationnelle, ni une expérience humaine car elle n’est qu’une machine qui ne ressent rien, est dépourvue d’intériorité.

De plus, le mot “intelligence artificielle” peut prêter à confusion car étymologiquement, elle signifie “lire à l’intérieur“. Or l’intelligence humaine ne se limite pas à relier des informations extérieures mais à comprendre, vivre et ressentir la réalité qui nous entoure.

Les algorithmes ne font qu’établir des liens logiques dans d’immenses bases données. Cependant, ils ne pénètrent pas le sens profond des choses, ils ne font que traiter des informations.

L’intelligence artificielle peut ainsi, en montrant ce qu’elle ne peut pas apporter, susciter une redécouverte des trésors qui nous composent et qui font de nous des êtres humains avec la conscience, la liberté, la responsabilité morale et la capacité d’entrer dans des relations authentiques.

4. Le besoin d’une autre personne

Pour réfléchir et grandir, nous avons besoin de rencontrer d’autres personnes. Remplacer cette relation par une IA, c’est s’enfermer dans une bulle solitaire en s’isolant du monde réel. Pour l’Église comme pour la logique, la guérison et l’amitié passent par une rencontre entre deux personnes vivantes. L’IA n’est qu’un outil technique, elle peut aider à classer des idées, mais elle ne peut pas porter le poids d’une âme humaine.

L’IA peut aussi entraver une rencontre authentique avec la réalité et en fin de compte, conduire les gens à « une insatisfaction profonde et mélancolique dans les relations interpersonnelles, ou à un isolement préjudiciable ».

Or, les relations humaines authentiques requièrent la richesse humaine de savoir être avec les autres, de partager leurs peines, leurs exigences et leurs joies.

L’intelligence humaine s’exprimant et s’enrichissant également de manière interpersonnelle et incarnée, les rencontres authentiques et spontanées avec les autres sont indispensables pour s’engager dans la réalité dans sa globalité.

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Il est important de préciser que l’IA ne remplace pas non plus un prêtre qui accompagne, donne les sacrements et est institué par le Christ contrairement à l’IA qui est programmé par une entreprise. Il est donc nécessaire de vivre sa foi en communauté en s’investissant dans sa paroisse et de participer régulièrement aux sacrements de confession et de communion.

Dans un monde de plus en plus individualiste, certains se sont tournés vers l’IA à la recherche de relations humaines profondes, d’une simple compagnie ou même de liens affectifs.

Cependant, tout en reconnaissant que les êtres humains sont faits pour vivre des relations authentiques, il faut rappeler que l’IA ne peut que les simuler.

Ces relations avec d’autres êtres humains font partie intégrante de la manière dont une personne humaine grandit pour devenir ce qu’elle est censée être.

Par conséquent, si l’IA est utilisée pour favoriser des contacts authentiques entre les personnes, elle peut contribuer de manière positive à la pleine réalisation de la personne ;

à l’inverse, si nous remplaçons ces relations et la relation avec Dieu par des moyens technologiques, nous risquons de remplacer la relation authentique par un simulacre sans vie (cf. Ps 160,20 ; Rm 1,22-23).

Au lieu de nous retirer dans des mondes artificiels, nous sommes appelés à nous impliquer de manière sérieuse et engagée dans le monde, au point de nous identifier aux pauvres et aux souffrants, de consoler ceux qui souffrent et de créer des liens de communion avec tous.

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5. L’intelligence artificielle n’est pas infaillible et peut souvent se tromper

L’Intelligence artificielle peut se tromper sur plusieurs sujets tels que la religion, les sources, le raisonnement ou la morale car elle n’est pas un être pensant ou infaillible mais juste un algorithme qui juge quelle est la réponse la plus probable selon sa base de données et son programme.

De même, l’utilisation de l’IA peut se tromper dans d’autres contextes – tels que l’éducation ou les relations humaines, y compris la sphère de la sexualité – doit être considérée comme contraire à l’éthique et nécessite une vigilance particulière afin de prévenir d’éventuels dommages, de maintenir la transparence et de garantir la dignité de tous.

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6. Il ne faut pas idolâtrer l’intelligence artificielle

L’IA n’est qu’un outil crée par l’homme et ne doit pas en devenir le maître. Aussi comme toute chose, l’IA ne doit pas être utilisée avec excès. L’utilisation excessive de l’IA, nous rends paresseux et dépendant comme une drogue et selon certaines études moins intelligents car le cerveau, comme un muscle, se travaille, ainsi nous devons continuer d’apprendre, de lire des livres et savoir donner son espace à chaque choses.

L’Eglise nous met en garde contre cette dérive qui peut arriver sans que nous nous en rendions compte :

La présomption de remplacer Dieu par une œuvre de ses propres mains est une idolâtrie, contre laquelle l’Écriture Sainte met en garde (par exemple Ex 20, 4 ; 32, 1-5 ; 34, 17).

En outre, l’IA peut être encore plus séduisante que les idoles traditionnelles : en effet, contrairement à ces dernières, qui « ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas » (Ps 115, 5-6), l’IA peut « parler » ou, du moins, en donner l’illusion (cf. Ap 13, 15).

Il faut plutôt se rappeler que l’IA n’est qu’un pâle reflet de l’humanité, étant produite par des esprits humains, formée à partir de matériel produit par des êtres humains, prédisposée à des stimuli humains et soutenue par un travail humain.

Elle ne dispose pas de nombreuses capacités propres à la vie humaine et est également faillible.

Par conséquent, en cherchant en elle un « Autre » plus grand avec lequel partager son existence et sa responsabilité, l’humanité risque de créer un substitut de Dieu.

En fin de compte, ce n’est pas l’IA qui est déifiée et adorée, mais l’être humain, qui devient ainsi l’esclave de son propre travail

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