On peut se demander comment Dieu peut avoir une mère, une question légitime qui mérite d’être posée. Il est donc essentiel de clarifier le sens de ce terme, car il revêt une signification importante dans notre foi. En réalité, cette réflexion nous conduit surtout à parler de Jésus, car c’est sa nature même qui est au cœur de cette interrogation.

I. Le terme « Mère de Dieu »

C’est lors du concile d’Éphèse (431 ap. J-C) que le terme Théotokos a été défini comme vérité de Foi. Souvent traduit par « Mère de Dieu », ce mot possède cependant une nuance importante. En effet, Théotokos signifie littéralement « celle qui engendre Dieu » (dans le sens où elle donne naissance à la personne du Christ qui est Dieu).

Le terme « Mère » évoque une relation plus personnelle et intime avec l’enfant, bien au-delà du simple fait d’accoucher. Marie n’a pas été qu’une « mère porteuse », elle s’est aussi occupée de Jésus durant toute son enfance comme une vraie mère puisque elle l’était. Ainsi, « Mère » exprime une dimension bien plus profonde et globale du rôle de Marie.

Lors du Concile d’Éphèse, l’Église a affirmé, contre Nestorius, alors patriarche de Constantinople, que Marie devait être reconnue comme Théotokos, « Mère de Dieu ». Le débat ne portait d’ailleurs pas directement sur Marie, mais sur la nature du Christ : était-il pleinement Dieu ou divisé en deux personnes, l’une humaine et l’autre divine ?

Les Écritures définissent elles-mêmes Marie comme la mère de Jésus. ( Matthieu‬ ‭2‬:‭11 ; Luc‬ ‭2‬:‭51‬ ; Jean‬ ‭19‬:‭26 ‭)

Les Saintes Écritures nous démontrent également que la Vierge Marie est bien la mère de Dieu (Luc 1:35) ainsi qu’Elisabeth qui, inspirée du Saint Esprit nomme Marie comme « La Mère de mon Seigneur » et elle fut remplie du Saint-Esprit. Et élevant la voix, elle s’écria:

« Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi? »

Luc 1: 43

Nestorius préférait employer plutôt le terme Christotokos « Mère du Christ » qu’il jugeait plus approprié. Si ces expressions sont juste en elles-mêmes, leur usage posait toutefois un problème de fond : la personne du Christ.

Nestorius refusait d’attribuer à Marie le titre de Mère de Dieu parce qu’il distinguait en Christ deux personnes distinctes : une humaine et une divine.

Il pensait que Marie n’était que la mère de l’humanité du Christ, et non de sa divinité. Mais une mère ne donne pas naissance à une nature, elle donne naissance à une personne. Or Nestorius confondait la nature et la personne. Or, Jésus n’est pas deux personnes, mais une seule, à la fois Dieu et homme. C’est pourquoi Marie est bien Mère de Dieu (le Fils), non parce qu’elle aurait engendré la divinité, mais parce qu’elle a donné naissance à la personne humaine et divine du Christ.

On peut aussi dire qu’aucune mère ne crée l’âme humaine de son enfant, pourtant, on ne dit jamais qu’une mère est uniquement la mère du corps de son enfant, mais bien de sa personne entière. En effet, « mère » ne signifie pas celle qui a créé, mais celle qui a porté et mis au monde.

II. Communication des Idiomes

Dépendant de l’école d’Antioche, Nestorius sépare d’une manière excessive les deux natures du Christ et voyait dans le Christ deux personnes, une personne humaine conjointe à la personne divine. L’Eglise, au contraire, professe qu’il faut voir dans le Christ un seul sujet avec 2 natures. Il est une et même personne à la fois pleinement homme et Dieu.

« Si quelqu’un répartit entre deux personnes les paroles contenues dans les évangiles […] et lui attribue les unes comme à un homme considéré séparément à part du Verbe issu de Dieu, et les autres au seul Verbe issu du Dieu Père parce qu’elles conviennent à Dieu, qu’il soit anathème. » 

Anathème 4 du Concile d’Ephèse.

La nature divine du Christ existe de toute éternité, il est donc évident que Marie n’a pas donné naissance à la divinité elle-même. Ce qu’elle a transmis à Jésus, c’est son humanité. Cependant, on ne parle pas ici de mère de la nature mais de la personne du Christ, c’est à dire qu’elle a porter durant 9 mois le Christ pleinement homme et Dieu. Or on ne sépare pas la personne de sa nature. Au contraire la personne du Christ enveloppe les deux natures.

Ce que l’on appelle la communication des idiomes, c’est la possibilité d’attribuer à la personne du Christ des propriétés propres à sa nature humaine ou à sa nature divine. Ainsi, lorsque nous affirmons que Marie est la Mère de Dieu, nous ne disons pas qu’elle est la mère de la Trinité, mais uniquement de la personne du Fils de Dieu. Cela peut sembler évident, mais beaucoup de personnes, à tort, pensent le contraire.

Ce principe apparaît déjà dans le Nouveau Testament. L’hymne christologique de l’Épître aux Philippiens illustre cette vérité :

« [Jésus], bien qu’existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; et ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix […] et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. »

Philippiens 2: 6-11

Ce passage commence par affirmer l’existence divine du Fils de Dieu avant son incarnation, puis décrit son abaissement en tant qu’homme. C’est cette même personne qui subit la crucifixion et la mort, avant d’être glorifiée et reconnue publiquement comme Seigneur. Il ne s’agit pas de deux sujets distincts, mais du même Christ, qui est à la fois pleinement Dieu et pleinement homme.

De fait, l’être humain auquel la Vierge Marie  a donné naissance est la personne du Verbe incarné.

III. La maternité unique de Marie

Comme souligné plus haut, être mère ne se limite pas à donner naissance. C’est aussi accompagner son enfant dans sa croissance, en veillant sur lui, en l’éduquant et en l’aidant à s’épanouir pleinement.

Cependant, Jésus semble imposer à Marie une forme de distance, marquée par des paroles comme : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? », ou encore l’appellation « femme ».

Lorsque Jésus appelle Marie « Femme », ce n’est ni un manque de respect ni une prise de distance, mais un titre chargé de sens biblique. Il fait écho à la femme annoncée dans la Genèse

Et je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité ; celle-ci te meurtrira à la tête, et tu la meurtriras au talon.

Genèse 3:15

Ce titre désigne Marie comme la Nouvelle Ève, associée pleinement à l’œuvre du salut. À Cana (Jean 2:4) et sur la croix (Jean 19:26), Jésus met en lumière sa mission spirituelle : elle est non seulement sa mère selon la chair, mais aussi la mère de l’humanité nouvelle. Ainsi, loin de diminuer son rôle, ce titre l’élève et manifeste sa place centrale dans le dessein de Dieu.

Comme toute mère, Marie a dû accepter une forme de détachement naturel. Ce détachement atteint son sommet sur la croix, où Marie est appelée à une maternité plus large.

Ce passage d’une maternité charnelle à une maternité spirituelle sera davantage approfondi dans le contexte de la maternité de Marie vis-à-vis des fidèles dans un article consacré à Marie comme mère de l’Eglise.

Toute mère chrétienne exerce la charité dans l’amour qu’elle porte à ses enfants, mais Marie avait besoin d’une grâce à la mesure de celui qu’elle avait mis au monde, car Jésus n’était pas un enfant ordinaire. Dans son cas, l’amour maternel ne pouvait se limiter à l’affection humaine ; il devait embrasser toute la réalité du Verbe incarné.

Cette maternité ne pouvait donc pas se réduire à un simple rôle biologique. Si Marie n’avait été qu’un instrument passif, un canal, elle n’aurait pas pleinement assumé sa mission. Son engagement devait être conscient et libre, comme son fiat « oui » lors de l’Annonciation, un acte de foi qui a marqué toute sa vie.

Ainsi, pour aimer son Fils comme il devait l’être, non seulement avec une affection maternelle, mais aussi en reconnaissant en lui le Messie et Sauveur, elle devait recevoir une grâce exceptionnelle, lui permettant de participer, en tant que mère, à sa mission rédemptrice. C’est pourquoi nous verrons la semaine prochaine pourquoi et comment Marie est immaculé conception.

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